Il y a tout juste cinquante ans, au Salon de Genève de mars 1976, Lancia dévoilait l’une des berlines les plus ambitieuses et les plus originales de son histoire.
La Gamma faisait son entrée sur le segment des grandes voitures de prestige avec deux carrosseries signées Pininfarina : une berline à hayon au style non conventionnel et un coupé d’une élégance qui n’a pas pris une ride. Un demi-siècle plus tard, ce modèle n’a jamais été aussi présent dans l’actualité de la marque turinoise : son nom a été choisi pour baptiser le prochain modèle phare de la nouvelle ère Lancia, attendu au Mondial de l’Auto de Paris en octobre 2026.
Une berline amiral née dans la crise pétrolière
La Gamma arrive sur le marché dans un contexte difficile. La crise énergétique du milieu des années 1970 a profondément modifié les attentes des acheteurs de voitures de prestige. Lancia répond avec un modèle qui allie standing et efficience, un équilibre rare à l’époque. La berline affiche un coefficient de traînée de 0,37, remarquable pour une grande voiture des années 1970, et son moteur boxer quatre cylindres de 2,5 litres fait un usage extensif de l’aluminium pour limiter la masse.
Ce moteur est entièrement nouveau, développé spécifiquement pour la Gamma. Il délivre 140 chevaux avec une souplesse digne d’un modèle amiral, et une version de 1 999 cm³ à 120 chevaux est également proposée pour contourner la fiscalité italienne pénalisant les cylindrées supérieures à deux litres. Lancia avait envisagé d’utiliser le V6 de la Flaminia ou le V6 Dino Ferrari employé sur certains modèles Fiat. Le choix d’un boxer inédit illustre l’ambition technique qui caractérisait la marque dans ses grandes heures.
La berline : luminosité et hayon dans un gabarit de prestige
La Gamma Berline rompt avec les codes de l’époque. Sa silhouette bicorps fluide, son arrière tronqué et sa grande lunette arrière fortement inclinée la distinguent immédiatement de la concurrence allemande. L’habitacle bénéficie d’une surface vitrée généreuse, trois vitres latérales et une lunette fixe, qui inondent de lumière un espace intérieur soigné. La banquette arrière est sculptée pour offrir deux places aussi enveloppantes que celles avant, et le coffre à hayon vertical assure une capacité de chargement supérieure à celle des berlines conventionnelles. Volant réglable en hauteur, quatre vitres électriques, tissus haut de gamme : la dotation de série était celle d’un véritable vaisseau amiral.
Le coupé : un salon de voyage signé Pininfarina
Si la berline est la pièce rationnelle de la gamme, le Coupé Gamma en est la déclaration émotionnelle. Pininfarina a raccourci l’empattement de la plateforme pour créer un coupé deux portes aux proportions équilibrées, avec un long capot bas, des arêtes marquées et un coffre creusé de deux nervures obliques. L’intérieur, conçu par Piero Stroppa, a été décrit dès son lancement comme un « salon de voyage » : planche de bord inspirée du design produit des années 1970, associations de couleurs originales, larges surfaces vitrées et sièges généreux. Le coupé n’arrive en concession qu’en 1977, un an après la berline, mais il s’impose rapidement comme l’une des meilleures GT de son époque pour le confort sur les longs trajets.
La seconde série de 1980 et les concept-cars des carrossiers turinois
En 1980, Lancia présente une version profondément remaniée. Le moteur 2,5 litres adopte l’injection électronique Bosch L-Jetronic et prend l’appellation Gamma 2.5 i.e. La calandre est harmonisée avec le reste de la gamme, l’habitacle entièrement revu avec une nouvelle planche de bord, des sièges disponibles avec tissus Ermenegildo Zegna, une horloge digitale et des éclairages temporisés. Le coupé de la seconde série gagne une boîte automatique à quatre rapports en option.
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Parallèlement à la production de série, la plateforme Gamma inspire plusieurs concepts restés célèbres. Pininfarina présente la T-Roof Spider en 1978, puis la Scala et l’Olgiata en 1980. Italdesign signe la Megagamma, berline anguleuse à volume intérieur maximal conçue par Giorgetto Giugiaro. Le Centro Stile Lancia produit la Gamma 3V, aujourd’hui conservée au Stellantis Heritage Hub de Turin aux côtés des pièces les plus précieuses de la collection historique du groupe.
La production s’achève en 1984 après environ 22 000 exemplaires, au moment où la Thema prend le relais. Un volume modeste qui n’a pas empêché la Gamma d’acquérir au fil du temps une reconnaissance croissante de la part des collectionneurs, qui saluent son unicité stylistique et son rôle dans l’histoire du design automobile italien.
La Gamma inspire la Lancia de 2026
Cinquante ans après Genève 1976, le nom Gamma est de retour chez Lancia. La Nouvelle Lancia Gamma, dont la première française est programmée au Mondial de l’Auto de Paris en octobre 2026, sera produite sur le site de Melfi en Italie. Ce crossover fastback à carrosserie élégante et motorisations électriques et hybrides se revendique directement de l’héritage du modèle original, l’un des neuf modèles iconiques que Lancia a identifiés comme fondateurs de sa nouvelle identité aux côtés de l’Aurelia, de la Flaminia, de la Fulvia, de la Beta HPE, de la Delta, de la Stratos et de la 037.
La continuité entre la Gamma de 1976 et celle de 2026 n’est pas qu’un hommage marketing. Elle traduit une conviction que Lancia exprime depuis le début de son repositionnement : les grandes voitures italiennes se définissent par leur soin apporté au confort, à la lumière, aux matériaux et au raffinement intérieur autant que par leurs performances. Cinquante ans après les débuts genevois, la Gamma porte toujours cette promesse.
